Publié en 1862, le Voyage à Madagascar constitue le dernier grand récit d’Ida Pfeiffer, célèbre exploratrice autrichienne, avant sa mort survenue peu après ce voyage. Ce texte est le témoignage d’une femme animée par un esprit d’aventure et une curiosité intellectuelle hors du commun, qui entreprit de parcourir le monde à une époque où les voyages au long cours restaient l’apanage des hommes et des expéditions officielles. Après avoir exploré l’Orient, l’Amérique du Sud, l’Islande, les Indes, la Chine et l’Afrique du Sud, Ida Pfeiffer décida de se rendre à Madagascar, une destination alors peu connue des Européens.
Son récit débute par le départ de la voyageuse de Vienne puis Munich, Berlin, la Hollande, Paris, Londres. S'ensuit le retour en Hollande pour embarquer à Rotterdam en direction du Cap d'où elle rejoint l’île Maurice, colonie britannique. Elle organise à partir de là, son voyage vers la grande île de l’océan Indien (Madagascar). Elle y raconte ses premières impressions sur le climat, la végétation et l’atmosphère tropicale, qu’elle décrit avec son sens habituel de l’observation. Ce qui distingue l’écriture d’Ida Pfeiffer, c’est sa capacité à alterner descriptions de paysages, portraits de personnages locaux et réflexions personnelles, donnant à son récit une tonalité à la fois documentaire et intime.
La plus grande partie de son voyage se concentre sur la côte orientale de Madagascar, alors en proie à des tensions politiques et sociales. Ida Pfeiffer s’attache à décrire les différentes ethnies qu’elle rencontre, leurs coutumes, leurs vêtements, leur organisation sociale et leurs croyances. Certaines de ses observations, bien que précieuses pour les historiens et ethnologues, portent la marque des préjugés européens de son époque : l’autrice ne cache pas sa surprise, parfois teintée d’incompréhension ou de condescendance, devant des pratiques culturelles éloignées de son univers. Toutefois, elle manifeste également une réelle curiosité et une volonté d’apprentissage, cherchant à dialoguer avec les habitants et à comprendre leur mode de vie.
Ce voyage ne fut pas exempt de difficultés. Ida Pfeiffer relate avec une franchise caractéristique les conditions parfois dangereuses de son périple : maladies tropicales, chaleur accablante, insectes, insécurité sur certaines routes et relations complexes avec les autorités locales. Elle évoque notamment les tensions avec le royaume Merina, qui contrôlait alors une grande partie de l’île, et les rivalités coloniales qui commençaient à s’exercer entre les puissances européennes dans cette région.
Le Voyage à Madagascar témoigne aussi d’une dimension scientifique. Comme dans ses autres expéditions, Ida Pfeiffer prend soin de collecter des spécimens de plantes, d’animaux et d’objets artisanaux qu’elle destine à des musées ou institutions savantes. Elle adopte ainsi la démarche d’une voyageuse-exploratrice attentive à la faune, à la flore et aux ressources naturelles de l’île, ce qui confère à son récit une valeur documentaire remarquable.
Enfin, ce livre revêt une tonalité particulière en raison de son contexte biographique. Il s’agit du dernier voyage de l’autrice : affaiblie par la maladie, elle ne se remettra jamais des fièvres contractées lors de cette expédition. Publié à titre posthume, le Voyage à Madagascar est donc à la fois le testament d’une grande voyageuse et un document précieux sur une île encore largement méconnue à l’époque.
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L'auteure
Ida Pfeiffer, née en 1797 à Vienne (Autriche), est considérée comme l’une des plus grandes voyageuses du XIXe siècle. Issue d’une famille bourgeoise, elle reçoit une éducation atypique pour une jeune fille de son temps, marquée par l’apprentissage de plusieurs langues et un goût prononcé pour l’aventure. Mariée à un avocat dont elle se sépare rapidement, elle se consacre à l’éducation de ses enfants avant de réaliser, à partir de la quarantaine, ses rêves de voyages au long cours.
Son premier périple important, en 1842, la conduit en Orient, puis elle entreprend deux tours du monde complets (1846-1848 et 1851-1854), traversant l’Asie, l’Amérique du Sud, l’Afrique et l’Océanie. Ses récits, tels que Voyage d’une femme autour du monde et Voyages autour du monde, rencontrent un succès considérable en Europe et sont traduits dans plusieurs langues.
Exploratrice infatigable, elle s’intéresse aux coutumes locales, aux paysages et à la nature, tout en témoignant d’une curiosité scientifique sincère. Elle devient membre de plusieurs sociétés géographiques, une distinction rare pour une femme à son époque. Ida Pfeiffer meurt en 1858 à Vienne, laissant une œuvre qui incarne l’audace, la curiosité et la liberté d’esprit des pionnières du voyage.